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Écouteurs filaires : à 13 €, tu n’achètes pas ce que tu crois

Les ventes de filaire repartent fort, mais le relevé que tout le monde cite dit que tu descends en gamme, alors qu’est-ce que le fil fait vraiment mieux ?

Tu as vu passer quatre articles cette semaine sur le grand retour du casque filaire, et les quatre s’appuient sur le même relevé, qu’aucun n’a lu jusqu’au bout.
    Le chiffre est juste, c’est la phrase écrite juste après qui n’a survécu à aucune des traductions.

    Le chiffre est bon, la phrase d’après s’est perdue en route

    Ben Arnold, analyste chez Circana, a publié le relevé que les quatre articles reprennent. Après cinq années de recul, dont 42 millions de dollars évaporés sur la seule année 2024, les ventes de casques filaires sont reparties. +3 % sur 2025. +10 % entre juillet et décembre. Et +20 % sur les six premières semaines de 2026, sur le marché américain. Le come-back est réel, mesuré, daté. Le paragraphe d’après, personne ne l’a traduit. En 2025, le prix moyen d’un casque filaire vendu tourne autour de 13 euros. Celui d’un Bluetooth, 99 euros. Arnold décrit lui-même des consommateurs qui basculent vers « une alternative moins chère et moins équipée ». Moins équipée. Le mot est de lui. Traduction, les gens n’achètent pas mieux, ils achètent moins cher. Il existe pourtant une vraie raison technique de rebrancher un fil, et elle n’apparaît dans aucun des quatre articles. Reste l’argument massue, recopié presque à l’identique par ZDNet et servicesmobiles. Un Sennheiser HD 400U, vendu moins de 80 euros, encaisse du 24 bits / 96 kHz, exactement comme un Bowers & Wilkins Px7 S3 sans fil affiché autour de 380 euros. Même ligne sur la fiche, cinq fois moins cher. Sur le papier, imparable. Sauf que le HD 400U se branche en USB-C, embarque son convertisseur dans le câble, et sort à 99,95 euros de prix conseillé. À un dollar près, le prix moyen d’un Bluetooth. Le champion du filaire abordable coûte donc le prix du sans-fil moyen, et il ignore la prise jack dont tout le monde célèbre le retour. ZDNet le sait très bien. Sa propre section « limites » explique que la bascule généralisée vers l’USB-C complique justement la vie des casques en 3,5 mm. Nicolas Lellouche, chef de la rubrique tech chez Numerama, tranche dans L’Équipe sans détour. « En dehors d’un prix inférieur, rien ne justifie le fait de privilégier les premiers aux seconds. Pour moi, c’est un phénomène de mode. » Des célébrités photographiées le fil aux oreilles, un compte Instagram qui les collectionne, un marché qui suit. Si le son n’y est pour rien, qu’est-ce que le fil fait mieux que le Bluetooth, concrètement ?

    258 millisecondes, et aucun des quatre articles ne les écrit

    RTINGS mesure la latence casque par casque, méthodologie publiée, banc de test documenté. Les chiffres sont publics, et ils sont têtus.
    Connexion Latence mesurée
    Filaire analogique passif moins de 1 ms
    Filaire USB avec convertisseur environ 13 ms
    Dongle sans fil 2,4 GHz 22 à 42 ms
    Bluetooth aptX Adaptive Low Latency sous 80 ms
    Bluetooth SBC, casque gaming 170,3 ms
    Bluetooth SBC, casque classique 257,6 ms
    Bluetooth SBC, intras true wireless 259,8 ms
    Entre la première ligne et la dernière, il y a un facteur 250. Ça ne veut pas dire que ton Bluetooth est cassé. Ces 258 millisecondes, tu ne les entends pas en écoutant un album dans le métro, parce qu’il n’y a rien à synchroniser. Elles deviennent visibles à la seconde où une image apparaît. Un pas qui claque un quart de seconde après que le personnage a bougé. Un tir qui part avant son bruit. C’est ce décalage, le cousin sonore de l’input lag, qui rend une partie désagréable sans qu’on sache dire pourquoi. RTINGS cadre d’ailleurs tout son banc d’essai sur les usages exigeant une faible latence, « comme le jeu ». Deux nuances, sinon je te sers la même approximation que les autres. La prise jack ne garantit rien toute seule, puisqu’un Focal Bathys branché en analogique, traitement numérique actif, remonte à 35,5 ms sur cette même prise. Et le sans-fil du jeu vidéo n’a rien à voir avec le Bluetooth. Un dongle 2,4 GHz tourne entre 22 et 42 ms, un écart que RTINGS juge sans conséquence au moment de recommander un modèle. Ces millisecondes ont pourtant un endroit où elles n’ont jamais été négociables.

    Sur console, le fil n’est jamais parti

    Va brancher un casque Bluetooth sur ta PS5. Tu ne pourras pas. Le Bluetooth 5.1 de la console sert aux manettes et à quelques accessoires, jamais à l’audio. Sur Xbox Series X, c’est plus radical encore, il n’y a pas de puce Bluetooth du tout. Sony et Microsoft assument la raison depuis le premier jour, et c’est exactement celle de la section précédente. Bande passante et latence. À la place, Sony a logé une prise jack 3,5 mm sous le bouton PS de la DualSense, que la console reconnaît dès que tu branches quelque chose dedans. Le joueur console n’a jamais eu ce débat sur le retour du fil. Il n’a jamais eu le choix, et pour une fois le constructeur avait la bonne raison. Ce qui rend la scène de fin mai savoureuse. Vingt-quatre heures avant la finale de Ligue des champions contre le PSG, les joueurs d’Arsenal descendent avec des EarPods filaires aux oreilles, et une partie des supporters y voit un secret bien gardé sur la nocivité des ondes. Lellouche referme le dossier, aucune étude n’a jamais établi le moindre lien entre le Bluetooth et un problème de santé. La vraie raison tient dans la phrase de Han-Noah Massengo, milieu du FC Augsbourg. « Je suis de la team filaires car je perds trop mes AirPods. » Nico Williams, lui, trouve simplement ça plus confortable. Un tiers des Bleus a suivi. Petit détail au passage, puisqu’on parle de rigueur. L’Équipe présente ces EarPods comme « ce basique commercialisé par Apple depuis 2001 ». Les EarPods sont sortis en septembre 2012. En 2001, c’étaient les écouteurs de l’iPod, qui n’ont jamais reçu de nom officiel. Onze ans d’écart, dans un article qui raconte le retour d’un objet. Alors, tu rebranches ou pas.
      • Oui, si tu joues sur console. Le jack de ta manette te donne le meilleur temps de réponse audio disponible, gratuitement, avec une paire que tu as déjà dans un tiroir.
      • Oui, si tu joues en compétitif et que le son te sert à situer un adversaire avant de le voir.
      • Oui, si la batterie te sort par les yeux. Un fil ne tombe jamais en panne à la mi-temps.
      • Non, si tu cherches un meilleur son pour moins cher. À 13 dollars, tu achètes une baisse de gamme, et Circana l’écrit avant moi.
      • Non, si tu écoutes surtout de la musique. Tes 258 millisecondes ne t’ont jamais gêné et ne te gêneront jamais.
      • Non, si tu joues déjà avec un dongle 2,4 GHz. Tu es à 22 ms, tu n’as aucun problème à régler.
    Le fil n’est pas revenu pour le son. Il est revenu pour le prix, et il est resté pour la mode. Ce qui n’enlève rien au seul argument qui tienne debout, celui que tes consoles appliquent en silence depuis 2020. Et toi, tu as ressorti une paire de filaires cette année ? Dis-nous en commentaire ce qui t’a décidé, le prix, la latence, ou juste le fait de ne plus jamais chercher un écouteur perdu au fond d’un sac.

    À retenir

      • Les ventes de casques filaires progressent de +3 % en 2025, +10 % au second semestre et +20 % sur les six premières semaines de 2026, après une chute de 42 M€ en 2024.
      • Le prix moyen d’un filaire vendu est de 13 €, contre 99 € pour un Bluetooth. Circana parle d’une alternative « moins chère et moins équipée ».
      • Le Sennheiser HD 400U, produit vitrine du « filaire pas cher », est un casque USB-C à 99,95 € de prix conseillé, sans prise jack.
      • Un casque filaire analogique passif descend sous 1 ms de latence, contre 257,6 ms en Bluetooth SBC, et 22 à 42 ms pour un dongle 2,4 GHz.
      • Ni la PS5 ni la Xbox Series X ne gèrent l’audio Bluetooth, pour des raisons de bande passante et de latence assumées par Sony et Microsoft.
      • La DualSense embarque une prise jack 3,5 mm sous le bouton PS, reconnue automatiquement par la console.
      • Pour Nicolas Lellouche (Numerama), le retour du fil reste « un phénomène de mode », et aucune étude ne lie le Bluetooth à un problème de santé.
     
    Nils
    Nilshttps://nilsesparza.com/
    Nils Esparza évolue depuis des années dans le digital en tant que Responsable R&D Marketing, où il aide les marques à gagner en visibilité sur Google. Mordu de high-tech, il passe son temps libre à tester du hardware, éplucher les fiches techniques, décortiquer les nouvelles sorties et bricoler ses propres outils — manette ou clavier jamais bien loin.

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