-

Chrome 150 tue uBlock Origin : pourquoi la parade de Brave n’est qu’un sursis

Brave rapatrie à la main du code que Google a jeté, pour exactement quatre extensions, et le vrai dégât de Manifest V3 n’est pas celui qu’on te raconte.

Si ton bloqueur de pub s’est éteint tout seul ces dernières semaines, ce n’est pas un bug, c’est la version 150 de Chrome, stable depuis le 30 juin 2026.
    Et l’explication que tu as lue partout, ce fameux plafond de 30 000 règles, passe à côté de ce que Manifest V3 a réellement arraché à uBlock Origin.

    Ce que Chrome 150 a déjà coupé

    Le blocage des extensions Manifest V2 n’est pas une menace qui plane. Il a commencé. Depuis Chrome 150, le drapeau interne qui permettait encore de les réactiver a disparu, et tu ne peux plus les installer depuis le Chrome Web Store. La suite est datée. Chrome 151, attendu le 28 juillet, fait sauter les dernières roues de secours, y compris la bidouille du registre Windows qui prolongeait artificiellement la compatibilité. Le 31 août 2026, toutes les extensions Manifest V2 quittent le Chrome Web Store. Ce qui tourne encore chez toi tourne en sursis. On ne peut pas parler de précipitation. Google a annoncé Manifest V3 en 2018, l’a introduit avec Chrome 88 début 2021, puis a repoussé de plus de deux ans l’échéance de janvier 2024. Infinity Area rapporte déjà des publicités AdSense qui se rechargent, et des espaces vides là où les blocs étaient filtrés. Reste à savoir ce que tu perds exactement. Et là, tous les articles te sortent le même chiffre.

    Le chiffre que tout le monde recopie

    Trente mille règles. Le nombre est présenté partout comme un plafond, alors que la documentation de Chrome le décrit comme un minimum garanti par extension. Au-delà, les règles supplémentaires puisent dans une limite globale partagée entre toutes les extensions installées. S’y ajoutent 30 000 règles dynamiques et 5 000 règles de session. L’écart n’en reste pas moins brutal, puisqu’une installation type d’uBlock Origin sous Manifest V2 s’appuyait sur plus de 300 000 règles de filtrage. Mais si le compteur était le seul souci, Raymond Hill, son créateur, aurait publié une version compatible depuis longtemps. Début juin, il écrivait encore : « Il n’existe pas de version Manifest V3 d’uBO ». Le mur est ailleurs. L’API declarativeNetRequest ne sait pas appliquer une règle selon le contexte de la page que tu consultes, l’URL affichée dans ta barre d’adresse. Elle n’autorise ni l’inspection du corps d’une requête, ni la moindre logique maison exécutée à la volée. La documentation d’uBO Lite liste ce que ça enterre.
      • Le filtrage dynamique, le cœur du réacteur d’uBlock Origin.
      • removeparam= en expression régulière, replace= qui réécrit le corps d’une réponse, ipaddress=.
      • La plupart des exceptions sur les filtres modificateurs.
      • Le filtrage cosmétique générique, actif par défaut dans uBO, absent par défaut dans uBO Lite.
    Sur le papier, c’est une histoire de quota. Dans la vraie vie, l’extension a perdu le droit de décider elle-même. Deux honnêtetés s’imposent. Hill défend un gain réel d’uBO Lite, qui filtre dès le lancement du navigateur, même quand son service worker dort. Et l’argument de Google n’est pas creux, puisqu’une extension capable d’intercepter l’intégralité de ton trafic réseau constitue une surface d’attaque bien réelle. Si la version complète d’uBlock Origin ne peut plus exister sur Chrome, la question change de nature. Elle ne porte plus sur l’extension. Un éditeur a levé la main.

    Brave : ce que fait réellement la parade

    Depuis sa version 1.92.134, Brave repère les extensions Manifest V2 installées depuis le Chrome Web Store, sauvegarde tes réglages, désactive l’extension devenue inerte et la remplace par un équivalent hébergé sur ses propres serveurs. Tu n’as rien à faire. Sur ce point, la promesse est tenue. Elle s’arrête à quatre extensions. uBlock Origin, AdGuard, NoScript, uMatrix. Le reste du catalogue Manifest V2 n’est pas migré, et Brave l’assume, pour des raisons de ressources et de maintenance. Le support de ces quatre-là est codé en dur dans le navigateur. Le détail qui pèse tient dans la méthode. Pour y arriver, Brave a repris du code de Chromium que Google a supprimé de Chrome. Ce code, quelqu’un doit désormais le maintenir, à chaque montée de version de Chromium, sur un moteur dont il ne décide pas la trajectoire. Le mot « parade » mérite d’être relu. Il s’agit d’une greffe, sur une base qui appartient au fournisseur qu’on cherche à contourner. La vraie question se déplace donc vers le moteur, et vers celui qui en décide.

    Le verdict, navigateur par navigateur

    Cinq navigateurs affichent encore une forme de compatibilité Manifest V2. Ils ne t’engagent pas au même niveau.
    Navigateur Moteur uBlock Origin complet Ce qui te lie
    Firefox Gecko Oui MV2 et MV3 en parallèle, aucune date de retrait annoncée
    Brave Chromium Oui Quatre extensions codées en dur, code Chromium maintenu à part
    Vivaldi Chromium Porte laissée ouverte Aucun engagement précis
    Opera Chromium Promis Les modules MV2 peu utilisés seront abandonnés
    Edge Chromium Flou Prolongation surtout via politiques d’entreprise
    Firefox est le seul à ne pas tourner sur Chromium. Son moteur Gecko conserve l’API webRequest, celle qui laisse une extension inspecter chaque requête et décider. Voilà pourquoi il échappe aux plafonds de declarativeNetRequest, quand les autres composent avec. Le contexte pèse aussi. 01net rappelle que Chrome capterait plus de 71 % du marché début 2026, et que le navigateur figure parmi les services désignés au titre du DMA européen, ce règlement censé empêcher l’autopréférence des géants. Tim Sweeney, le fondateur d’Epic Games, s’est fait le porte-voix de la critique. Le verdict, sans détour. Brave si tu tiens à Chromium et à tes habitudes, la migration se fait toute seule et le blocage reste complet, tant que Brave suit. Firefox si tu veux cesser de dépendre des arbitrages de Mountain View, le moteur est autre, l’API est là, uBlock Origin tourne sans version allégée. uBlock Origin Lite sur Chrome si la pub te gêne sans t’obséder, tu ne verras pas la différence sur la plupart des sites, et tu la verras sur les plus agressifs. Et toi, ton bloqueur s’est éteint tout seul ? Dis-nous en commentaire ce que tu comptes faire, migrer ou encaisser.

    À retenir

      • Chrome 150 a supprimé le drapeau de réactivation des extensions Manifest V2, et bloque leur installation depuis le Chrome Web Store.
      • Chrome 151, attendu le 28 juillet, retire les dernières solutions de contournement, dont la clé de registre Windows.
      • Le 31 août 2026, toutes les extensions Manifest V2 disparaissent du Chrome Web Store.
      • Les 30 000 règles ne sont pas un plafond, mais un minimum garanti par extension. Le vrai blocage est l’impossibilité de filtrer selon le contexte de la page.
      • Brave 1.92.134 migre automatiquement quatre extensions seulement, en maintenant du code Chromium que Google a supprimé.
      • Firefox reste le seul navigateur hors Chromium à conserver l’API webRequest, donc uBlock Origin complet.
      • Raymond Hill, créateur d’uBO, début juin : « Il n’existe pas de version Manifest V3 d’uBO ».
     
    Nils
    Nilshttps://nilsesparza.com/
    Nils Esparza évolue depuis des années dans le digital en tant que Responsable R&D Marketing, où il aide les marques à gagner en visibilité sur Google. Mordu de high-tech, il passe son temps libre à tester du hardware, éplucher les fiches techniques, décortiquer les nouvelles sorties et bricoler ses propres outils — manette ou clavier jamais bien loin.

    Partager cet article

    Publiées récemment

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Derniers commentaires